Jérôme de Staël

Né en 1948, Jérôme de Staël fut photographe avant de se consacrer à l’ébénisterie (il est passé par l’atelier Chapo notamment). Il a utilisé son appareil une dernière fois, lorsque l’opportunité de pénétrer, enfin, chez Dora Maar se présenta. Il était aussi le mieux placé : Dora Maar vient de décéder et la maison n’est pas encore en vente. Il occupe le château nommé Le Castellet, que son père Nicolas acquit en 1953, à quelques centaines de mètres de la maison de Dora Maar.

Rien n’avait bougé depuis le dernier départ de Dora. Et Jérôme tient à préciser qu’il n’a touché à rien, n’a déplacé aucun objet dans un souci de parfaire sa composition. Il raconte cependant une maison très humide, où tout confort est exclu et tout décor banni. Il a juste ouvert les fenêtres pour aérer, laissant déverser les rayons de lumière du petit matin (la maison est orientée Nord-Est, « une maison du lever » dit-il).

Ses photographies nous permettent de deviner le style de vie de Dora Maar, et le fait qu’elle n’investit qu’une partie de la grande maison : la cuisine au rez-de-chaussée, son atelier et sa chambre au premier étage, attenante à un dressing et une salle de bain. On ne saurait dire si Dora Maar est partie il y a peu ou il y a longtemps, tant on découvre la précarité dans laquelle elle vivait. Aussi on comprend le choix de l’atelier à l’étage : les grandes fenêtres XVIIIème sont comme des écrans, ouvrant sur un vaste paysage alentour, la vallée de vignes jusqu’au Mont Ventoux. Cet atelier est probablement la seule pièce qui semble concentrer son activité : tas de tubes de peinture, pinceaux et couteaux, essence de térébenthine, toiles et châssis. Alors qu’ailleurs, toute vie semble être arrêtée depuis des années, au regard par exemple des pneus crevés de la mobylette, sous l’escalier.

Jérôme de Staël a l’art de faire sentir le vent de choses, la poussière, le désordre de l’existence, le sentiment d’une progressive consumation du temps caractéristique d’une maison de vie, de mort aussi. Le noir et blanc utilisé, exclusivement, ajoute un voile d’intemporalité à cet intérieur décharné.

Ce qui est d’autant plus touchant dans ses photographies, et qui les rend si précieuses s’y qu’elles représentent un monde d’ombres, qui n’existe plus. La maison a été restaurée et décorée pour recevoir les artistes en résidence du Museum of Fine Arts de Houston… Elles ont donc autant de valeur esthétique que de valeur historique, outil chéri de l’historien de l’art. 5 photographies de cette série sont exposées et d’autres encore proposées à la vente sur catalogue.

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Anne Carpentier